Livres Critique

Max Frisch. Journal berlinois. 1973-1974.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Comme l'explique Thomas Strässle dans sa lumineuse postface,  le journal tenu par Max Frisch en 73-74 fut "un lieu d'analyse de son époque, un espace de synthèse pour ses réflexions esthétiques, un laboratoire de styles et de genres littéraires" (p.171). Ce séjour à Berlin, un véritable "projet littéraire" donc, permit à l'auteur de Stiller de commercer avec les principaux écrivains d'alors vivant tant à l'ouest qu'à l'est. L'occasion de dresser une impressionnante galerie de portraits allant d'Alfred Andersch à Jurek Becker, de Wolf Biermann à Hans Magnus Enzensberger, de Günther Grass à Uwe Johnson, de Kurt Marti à Christa Wolf, etc.   Passant souvent la frontière, il put porter un regard dessillé sur la société est-allemande. Sincèrement "emballé" par la profondeur et la cordialité des échanges avec les Allemands de l'est, il apprécie leur "ouverture à la conversation" et le fait que leur pays "prenne la littérature au sérieux" (p.178). Avec   finesse, il donne à voir, cependant, les limites du système, notant, par exemple, que "l'interdiction de voyager esquinte la confiance en soi" (p.50) ou questionnant : " la patrie est-elle un zoo ? " (p. 131 ). En tant que citoyen helvétique, Max Frisch nous offre un témoignage précieux - parce que   mesuré - sur le vécu quotidien des allemands de l'est ; au sujet, par exemple, des Nouvelles souffrances du jeune Werther, d'Ulrich Plenzdorf, une pièce qui déclencha alors une levée de boucliers chez les ultras, il note simplement  "qu'elle indique le niveau d'acidité de la société"... (p. 85 ) A l'instar de la grande majorité de la population est-allemande d'alors, il n'épargne ni la bureaucratie ni   "la terrible simplification" de l'idéologie dominante  ( cf. p. 17 et p. 43 au sujet du débat à la TV est-allemande : "c'est terrifiant : une litanie de congratulations réciproques, une pensée choisissant uniquement les questions permettant des réponses stéréotypées et des faits n'existant que dans la mesure où ils attestent du bien-fondé du dogme" ). Au croisement de l'histoire et de la littérature, ce voyage au coeur de la germanité se trouve  magnifié par  le regard juste et détaché de Max Frisch. On quitte ce livre - très efficacement annoté et commenté par Thomas Strässle - à regret, tant le témoignage laissé par l'auteur se révèle empathique. Max Frisch, un auteur ? Plutôt, une âme soeur !

 

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :

 

 

"En janvier 1973, Max Frisch emménage à Berlin-Ouest. Il y retrouve d’autres écrivains parmi les plus importants de l’Allemagne de l’après-guerre : Uwe Johnson, Günter Grass. Aux portraits qu’il brosse de ces nouveaux voisins, Frisch ajoute ceux de Christa Wolf et d’autres écrivains qu’il rencontre régulièrement à Berlin-Est. Car il profite de son séjour en Allemagne pour ausculter avec une vive curiosité les rapports politiques et sociaux en RDA, et les révéler de l’intérieur sans jamais oublier sa position d’observateur privilégié. La subtilité de ces analyses confère au Journal berlinois l’intérêt d’un témoignage historique. Elles sont entremêlées de réflexions d’une surprenante actualité sur le quotidien de l’écrivain, son rôle dans la société, les liens d’amitié ou de travail et les attentes qu’ils suscitent, et ponctuées de brefs passages narratifs. Chacune des entrées témoigne du talent d’un auteur soucieux de trouver la forme d’expression la plus juste et d’accéder, par l’écriture, à une meilleure perception du monde et de lui-même."

 

 

 

 

 

L'auteur : Max Frisch (1911-1991), devenu un classique de la littérature mondiale, s’est fait connaître autant par ses romans (Homo Faber, L’Homme apparaît au quartenaire,…) et son théâtre (Andorra…) que par ses journaux. C’est un genre auquel il aime travailler, des textes composés. Son art de l’observation et de la notation, son esprit critique acéré, l’introspection brillante qu’il ne cesse d’exercer en font de véritables œuvres. Deux ont été publiées de son vivant (1946-1949 et 1966-1971).

 

 

 

 

Max Frisch. Journal berlinois 1973-1974.

Traduit de l'allemand par Camille Luscher.

Texte établi par Thomas Strässle.

Editions ZOE / Accueil - Editions ZOE

www.editionszoe.ch/

ISBN 978-2-88927-363-8 ; octobre 2016 ; 190 pages.

 

 

 

 



23/09/2016
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