Livres Critique

La Vienne d'Hitler. Les années d'apprentissage d'un dictateur.

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       Brigitte Hamann nous offre  un livre dense  et construit d'où il ressort que le futur dictateur s'est laissé aspirer par l'infâme bouillon viennois du début du XXème siècle ; en effet,  partager le lot des exclus    revenait alors à être plongé dans une incubation  xénophobe  exacerbée par les tensions   communautaristes sévissant à la fin de l'empire austro-hongrois. Fruit de l'exactitude germanique - notamment du méticuleux système des  fiches domiciliaires - le livre de Brigitte Hamann reconstitue le passé viennois d'Hitler quasiment heure par heure. Le lecteur, proprement sonné, va de surprise en surprise tant la situation se révèle complexe et paradoxale, à mille lieues des idées reçues.  C'est ainsi que le futur dictateur, quoique plongé dans la spirale des idées régressives locales,  entretint de bons rapports avec des juifs, comme le docteur Bloch.  Surtout, il subit l'influence d'idéologues douteux, comme le pangermaniste raciste Georg Schönerer ou le maire   de Vienne,   Karl Lüger, un "chrétien-social" populiste et antisémite, lui-même inspiré par les thèses de l'anti-dreyfusard Edouard Drumont.      A Vienne, pourtant, le droit de vote universel direct existait depuis 1907 et la loi fondamentale de 1867 stipulait que "toutes les composantes ethniques jouissaient des mêmes droits" . L'auteure décrit le passage d'un état multi-national avancé   à la régression xénophobe et antisémite ayant    sonné le glas d'une époque fertile.   «La Vienne d’Hitler» n’est pas celle du renouveau intellectuel des Zweig, Kokoschka, Freud ou Schiele. C’est celle des laissés pour compte pleins d’aversion pour le vivre-ensemble, des immigrants, des marginalisés, cibles faciles pour d’obscures théories, notamment celles   leur donnant l'impression d’exister quoi qu'il en soit." Tout se passe comme si la société viennoise, alors parvenue au summum de l'art, s' auto-détruisit du fait de sa grande tolérance et, surtout, de son incapacité à démocratiser l'éducation.  Ce livre est le  constat d'un terrible rendez-vous manqué : et si Hitler, cet orphelin marginalisé, avait pu devenir architecte pour avoir, enfin, le sentiment d'être quelqu'un ? On sait que l'extrême droite autrichienne a échoué de peu aux  élections présidentielles du 26 avril 2016. Aussi ce livre absolument remarquable aide-t-il à comprendre le retour de "la bête immonde". Pas seulement à Vienne.

     

      

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :

 

"L’historienne Brigitte Hamann revient sur l’existence minable d’Hitler, un marginal déboussolé par la grande ville, vivant de petits boulots : tantôt porteur dans les gares, tantôt balayant la neige dans les rues de Vienne, chômeur enfin, dormant sur des bancs publics, avant de trouver refuge dans un foyer d’accueil où il vivote pendant quatre ans. Sa période viennoise est faite d’échecs successifs, sa vie est celle d’un raté. Il échoue à l’examen d’entrée à l’Académie des beaux-arts, se fait renvoyer de ses emplois de fortune pour « insuffisance physique ». Et si rien, en 1913, ne laisse présager son destin, il quitte la capitale de l’empire austro-hongrois qu’il déteste, avec les éléments épars de sa future Weltanschauung. C’est ce que montre Brigitte Hamann, confirmant ce que le dictateur a écrit dans Mein Kampf: « J’y reçus les fondements de ma conception générale de la vie et, en particulier, une méthode d’analyse politique; je les ai plus tard complétés sous quelques rapports, mais je ne les ai jamais abandonnés. » Mais Brigitte Hamann ne se contente pas d’identifier les sources viennoises du Führer; elle écrit aussi l’histoire culturelle et sociale de Vienne durant les années qui ont précédé la Première Guerre mondiale, vue par les yeux d’un jeune travailleur occasionnel, vivant seul et originaire de la province. «La Vienne d’Hitler» n’est pas celle de la modernité intellectuelle et artistique des Zweig, Kokoschka, Freud ou Schiele. C’est celle des «petites gens», pleins d’incompréhension face à la modernité, des immigrants, des laissés-pour-compte, proies faciles pour d’obscures théories, en particulier celles qui leur donnaient le sentiment d’être malgré tout «quelque chose». "

 

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L'auteure : Disposant de la bi-nationalité allemande et autrichienne, Brigitte Hamann a consacré de nombreuses biographies aux Habsbourgs. Mère de deux enfants, elle vit aujourd'hui à Vienne.

 

 

 

 

La Vienne d'Hitler.

Les années d'apprentissage d'un dictateur.

Par Brigitte Hamann

Traduit de l’allemand par Jean-Marie Argelès
Préface de Jean Sévillia

Editions des Syrtes

editions-syrtes.com

ISBN 9782940523078 ; fév. 2014 ; 510 pages ; 30 €uros.



17/05/2016
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