Livres Critique

Caliban et la sorcière

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    Silvia Federici soulève une question passionnante dans cette recherche cadrée au millimétre près:  " Comment expliquer l'exécution de centaines de milliers de "sorcières" à l'aube de l'époque moderne ?" (p.23). Abordant la façon dont notre société s'est privatisée à la fin du moyen âge, elle explique comment les enclosures matérielles ( privatisation des biens communs accessibles aux serfs ) ou morales ( la confession ) ont accompagné  la grande terreur d'Etat instaurée sous couvert de chasse aux sorcières ; il s'agissait, assure l'auteure, " de détruire le pouvoir des femmes", notamment en matière de maîtrise de la procréation. Silvia Federici défriche ces événements dramatiques à la lueur de l'analyse sociale, ce qui  offre des clés de compréhension aussi dérangeantes qu'iconoclastes. Résultat immédiat : la lecture de ce livre - que dis-je ?  de cette  déflagration intellectuelle - fait considérer l'histoire et la réalité sous un angle radicalement différent. Une recherche fouillée , aussi érudite que limpide, à ne surtout pas manquer.

 

Présentation de l'éditeur :

 

"Silvia Federici revisite ce moment particulier de l’histoire qu’est la transition entre le féodalisme et le capitalisme, en y introduisant la perspective particulière de l’histoire des femmes.

Elle nous invite à réfléchir aux rapports d’exploitation et de domination, à la lumière des bouleversements introduits à l’issue du Moyen Âge. Un monde nouveau naissait, privatisant les biens autrefois collectifs, transformant les rapports de travail et les relations de genre. Ce nouveau monde, où des millions d’esclaves ont posé les fondations du capitalisme moderne, est aussi le résultat d’un asservissement systématique des femmes. Par la chasse aux sorcières et l’esclavage, la transition vers le capitalisme faisait de la modernité une affaire de discipline. Discipline des corps féminins dévolus à la reproduction, consumés sur les bûchers comme autant de signaux terrifiants, torturés pour laisser voir leur mécanique intime, anéantis socialement. Discipline des corps d’esclaves, servis à la machine sociale dans un formidable mouvement d’accaparement des ressources du Nouveau Monde pour la fortune de l’ancien.

Le capitalisme contemporain présente des similitudes avec son passé le plus violent. Ce qu’on a décrit comme barbarie et dont aurait su triompher le siècle de la raison est constitutif de ce mode de production : l’esclavage et l’anéantissement des femmes n’étaient pas des processus fortuits, mais des nécessités de l’accumulation de richesse. L’auteur nous invite à partager son son regard d’historienne et de féministe sur la situation actuelle et sur ses mécanismes."

 

L'auteure : Silvia Federici (née en 1942 à Parme en Italie) est une universitaire américaine, enseignante et militante féministe radicale. Elle est professeure émérite et chercheuse à l’Université Hofstra à New York.

 

Caliban et la sorcière

par Silvia Federici

Traduction de l'anglais (USA), par le coll. Senonevero,

revue et complétée par Julien Guazzini

Éditions Entremonde 

Isbn 978940426317 ; avril 2014 ; 460 pages ; 24 €uros.



04/08/2014
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